Mirage (ex Réminiscence)Mirage (ex Réminiscence)

Adoptée en janvier 2023 par Noah (01)

« Je me souviens, comme si c’était hier, quand j’ai annoncé à ma conjointe que je voulais devenir éducateur canin. Que je voulais pouvoir aider les chiens à évoluer, malgré les blessures de guerre qu’ils portaient sur leur cœur. Nous avions déjà un nid douillet. Une petite bouledogue française entrant dans l’âge adulte, et une jeune minette sauvée des rues. Pourtant, il me manquait une âme dans ma vie. Il me manquait certaine cicatrice, et je n’osais franchir le pas de me former sans partager mes cicatrices avec cette âme qui m’attendait.


Nous avons commencé à chercher en France, nous avions craqué sur une jeune chienne qui aurait été parfaite. Pourtant, elle nous fut refusée. La raison : nous n’avions pas d’ascenseur. Je n’ai jamais compris cet argument, alors que nous étions totalement apte à l’adoption. Nous étions présents, nous avions la place et nous avions les connaissances.

Je contacte alors l’association Remember Me. Ce n’est pas pour Mirage que je remplis un formulaire, mais pour une chienne craintive.
Nous sommes appelés. Nous répondons aux questions avec l’entière honnêteté. L’association a l’air de nous faire confiance et on commence à envisager sérieusement l’arrivée proche d’un troisième animal au sein de notre foyer. Une bénévole vient faire la pré-visite. Elle semble convaincue, il ne reste plus qu’à attendre l’appel téléphonique.

Cet appel amène une nouvelle déception. Nous vivons en ville. La chienne souhaitée, trop craintive, risque de ne pas s’y adapter. Je le comprends, j’accepte la décision.

"Mais, Remember Me m’explique que notre dossier est parfait, et que nous pouvons adopter un chien dit social. La dame au téléphone me propose de m’envoyer un mail avec tous les chiens qui entre dans la catégorie que nous souhaitions. J’ai apprécié cet échange, rassurant."

Nous avons donc regardé cette liste. Coup de cœur sur deux chiens. Difficile de choisir pour lequel nous allons apporter une belle vie et lequel allait devoir peut-être encore attendre…
Mais Mirage fut une évidence. Ses yeux. Son regard. Elle avait quelque chose.
Alors on demande son adoption. Le lendemain, on nous confirme son adoption. C’est la fête à la maison. Je retiens des larmes. L’âme manquante va arriver. Je m’inscris pour me former comme éducateur, attendant le jour de son arrivée avec impatience.
Tout est prêt. Je suis prêt. Pourtant j’ai peur. Je ne la connais pas. Et si je n’étais pas à la hauteur ?

Puis le jour J arrive. C’est parti. Elle arrive avec plusieurs heures de retard, mais on est là. On l’attend. Le camion se gare, voilà que toute la foule attend avec impatience de rencontrer son nouveau compagnon. C’est notre tour. Nous apportons harnais, collier et laisses. Nous attendons un moment. Mirage n’avait pas l’air de vouloir se laisser mettre le harnais.
Et finalement… Me voilà avec Mirage dans les bras. À peine posée dans mes bras qu’elle se laissa totalement aller.

"« Nous sommes ta nouvelle famille », que je lui ai murmuré. C’était écrit."

Nous rentrons et choisissons de lui présenter notre première chienne en extérieur. Tout se passe bien, du moment que c’est dehors. En intérieur, Mirage ne lui fait pas confiance. C’est ok, elle vient d’arriver.
Je décide de dormir avec elle au salon, ma conjointe avec Patten et Sysy dans la chambre. On sécurise, on travaillera les relations au moment voulu. Cette première nuit était dure, Mirage tournait partout, venait me renifler le visage. Je n’étais pas à l’aise, nous n’avions pas encore de relation. Du moins, c’est ce que je croyais.
Au matin, ma conjointe ne pouvait pas sortir de la chambre, Mirage s’est mise sur moi et lui a aboyé dessus en montrant les crocs. Le réveil était intense, mais je l’ai rassurée, elle s’est calmée.

Mirage adorait notre minette, mais pour ce qui est de Patten, c’était toujours compliqué en intérieur. Bagarre sur bagarre. On a travaillé, rassuré, expliqué.
Elles ont commencé à jouer, s’accepter et s’aimer, à tout partager : lit, jouet. Mirage s’est mise à apprendre de Patten : jeu, code, bêtise.
Mirage, c’est une chienne pleine d’amour, de tendresse, douce, sincère. Malheureusement, elle vit avec des peurs constantes. Chaque nouveauté est une montagne pour elle.

En parallèle de ma formation, j’ai commencé à voir que ses peurs n’étaient pas de simples peurs, mais qu’il y avait quelque chose de plus profond. Je décide de faire un bilan avec ma formatrice : syndrome de privation sensorielle.
Je ne connaissais pas ce syndrome, j’ai dû l’étudier, tester, apprendre.

Mirage ne peut pas guérir, mais elle peut vivre aussi bien qu’un autre chien, avec un travail adapté et des rituels. Je ritualise les balades, je lui enseigne. Parfois, je fais face à de grosses régressions. J’essaie toujours de comprendre et de faire mieux.

Je termine ma formation et je me mets à mon compte. J’évolue avec mes animaux, j’apprends beaucoup d’eux. Je comprends rapidement que Mirage et moi sommes marqués des mêmes cicatrices. Nous avons souffert et nous nous élevons ensembles face à l’injustice que la vie a pu nous faire. Je prends la décision de travailler avec les traumatismes et les phobies, me consacrant à me former au syndrome de privation sensorielle (SPS) au maximum pour pouvoir aider d’autres chiens comme Mirage.

"Mirage, c’est l’âme qui manquait à mon quotidien.
Celle qui m’a murmuré à l'oreille : « Je suis ta famille et je te guide »"